Trois jours à Venise

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A Venise, tout est différent. Différent de quoi, sinon de Venise ?... Une ville qui ne montre que la moitié d´elle-même, suspendue sur des millions d´arbres coupés, sur les forêts de l´Istrie,  les grands troncs abattus, traînés, flottés, écorcés, taillés en pieux, plantés dans la vase, debout et goudronnés comme des momies, chênes liés de chaînes, ceinturés de fer, immobilisés par les sables depuis des âges, doublement défunts, longs cadavres embarassés de dépôts calcaires, de moules mortes, d´algues putréfiées, enveloppés de débris innomables, de guenilles décomposées, d´ossements. Ville jumelle sous la ville, réplique inversée des palais, des coupoles, où tout canal devient ciel de l´Hadès, réponse non pas reflet car c´est ici la ville des ténêbres, celle dont les cieux sont toujours noirs, la ville d´en bas, l´autre côté.

Gabrielle Wittkop, "Sérénissime Assassinat", 2001